GenZen. Bonjour Marcella et merci d’avoir accepté d’être la première invitée de ce podcast. Vous êtes sophrologue et poétesse, autrice de plusieurs ouvrages et vous pratiquez votre métier régulièrement auprès du jeune public. Je vais commencer par une question simple : comment définiriez-vous la sophrologie ?
Marcella. Merci pour votre invitation, je suis ravie d’être là. Pour faire court, je dirais que la sophrologie est une méthode d’accompagnement à la personne, à médiation corporelle, qui fait appel à plusieurs techniques. Les séances comportent des exercices de respiration, mais aussi des mouvements doux issus du yoga, de la marche telle qu’elle est pratiquée dans certaines formes de méditation, enfin de l’imagerie mentale, c’est-à-dire de la visualisation positive. En sophrologie, on travaille tout simplement ce qui est bon pour soi, à partir de nos ressources personnelles. Il n’y a donc pas de recette applicable à tout le monde, puisque les ressources de chacun sont différentes : c’est pourquoi la ou le sophrologue accompagne la personne pour qu’elle identifie ce qui lui fait du bien. En sophrologie, nous travaillons la respiration conjointement au mouvement, et les exercices associent systématiquement les deux. Nous tenons toujours compte de la personne que l’on a en face de nous, ou du groupe au sein duquel nous intervenons : je ne vais pas proposer le même protocole à une classe d’enfants de huit ans, à un adolescent ou à un groupe de tout-petits au sein d’un centre de loisirs.

Dans quel contexte cela peut-il être utile à un enfant ?
La sophrologie peut se révéler d’une grande aide dans des temps de vie un peu difficiles, par exemple un changement d’école, une phobie scolaire, un divorce ou un deuil, une situation de harcèlement… En effet, le fait de ne pas se situer sur le plan mental mais de travailler sur le corps et les sensations permet en général d’apporter un certain apaisement. Au fur et à mesure des exercices, une forme de relaxation s’installe, et quand le corps et le mental sont plus tranquilles, on est plus à même de trouver en soi des solutions adéquates.

Comment avez-vous découvert la sophrologie ?
Il y a maintenant douze ans, j’ai eu envie de prendre un virage dans ma vie, car dans mon activité précédente je commençais à me sentir un peu seule. Le corps est un sujet qui me passionne et qui traverse tous mes livres de poésie, c’est un peu le fil rouge de ma vie. Je ressentais en outre une impérieuse envie d’apprendre et de travailler avec les autres. Un soir, une amie sage-femme m’a parlé de la certification de sophrologue qu’elle était en train de passer. Ça a été l’étincelle : cette méthode pragmatique, terrienne, ancrée dans le concret, m’a immédiatement séduite. J’ai alors entamé une formation et l’enseignement m’a passionnée. À la sortie de l’école, je me suis spécialisée dans l’accompagnement de certains publics, en particulier les enfants et adolescents, les personnes âgées et les patients atteints de cancers. Toutes ces expériences ont enrichi mes connaissances et j’ai commencé à écrire des livres pour mettre la sophrologie à la portée des enfants.
Aujourd’hui, je continue à me former, à apprendre, à réapprendre, pour ne jamais rester sur mes acquis. J’aime bien dire que la sophrologie est un laboratoire à ciel ouvert. Rien n’est figé, tout reste en mouvement, c’est pourquoi je poursuis ma découverte sans relâche, de formation en congrès et en journées professionnelles. 
 

Vous travaillez beaucoup avec les enfants, notamment dans des collectivités, avec des groupes. Quel type d’exercices leur proposez-vous ?
En effet, j’interviens notamment dans des centres de loisirs avec les tout-petits et dans des collèges. Bien entendu, chaque collectivité est différente : l’âge entre en ligne de compte, mais aussi le contexte. Dans une classe, je peux venir à la demande des enseignants pour apporter de l’apaisement face à une situation tendue. Mais cela peut aussi être une séance ouverte où les enfants choisissent eux-mêmes la thématique. Avec les plus petits, j’ai tendance à travailler sur l’accueil des émotions. Attention, je parle bien d’accueil et non de gestion… Je vous donne un exemple : une séance de sophrologie peut aider un enfant à identifier, formuler et accepter sa colère, mais aussi lui montrer comment faire pour que celle-ci ne déborde pas et ne l’entraîne pas à devenir violent en réaction. Avec les tout-petits, entre trois et quatre ans, je propose par exemple d’imiter les animaux. On va respirer comme des animaux ou prendre des postures d’animaux. Ils adorent ça, parce que ça leur permet de mobiliser leur corps et leur respiration d’une façon totalement inhabituelle. D’une façon générale, j’aime beaucoup travailler le mouvement quand je suis dans un établissement scolaire. Car le reste du temps, les élèves sont globalement tenus d’être calmes et immobiles. Quand j’arrive, je peux me permettre de leur dire : allez, on bouge ! J’ai notamment un atelier qui s’appelle « Je danse », dans lequel on passe de la marche à la danse, de la danse au tournoiement, et ainsi de suite.

Vous aimez dire que vous laissez beaucoup de liberté aux enfants lors de vos ateliers…
En effet, même si j’arrive avec un programme, rien n’est gravé dans le marbre ! Les consignes elles-mêmes sont souvent très souples : il arrive même que je propose au groupe de les inventer en début de séance … Si l’enfant veut faire l’exercice debout, pas de problème, s’il veut être assis, c’est ok, tant qu’on reste dans le respect les uns des autres. Je leur dis souvent en préambule : arrêtez d’être intelligents ! Dans ma séance, je veux que vous laissiez parler votre corps, vos sensations, vos ressentis, vos émotions. Et pour eux c’est un grand soulagement. Cette liberté vaut aussi pour l’expression : les enfants ont tellement de choses à dire, et je suis heureuse que les séances soient pour eux une occasion de parler. Souvent d’ailleurs, elles se terminent par un poème. Si les jeunes participant·es ne savent pas encore écrire, j’écris pour eux. Et le résultat est toujours très émouvant. Ce qui me touche beaucoup c’est qu’à la fin des séances, il y a toujours beaucoup de joie qui circule, et une grande liberté.

À ce propos, il me revient une anecdote. L’an dernier, je suis intervenue dans une médiathèque auprès d’une classe d’enfants de 7-8 ans. La thématique de l’atelier était « Aimer, un verbe à vivre », et nous avons travaillé autour de cette notion : comment dire je t’aime, qu’est-ce que ça veut dire aimer, à qui j’ai envie de le dire… On a fait de nombreux exercices de respiration, beaucoup de mouvements et de relaxation dynamique. On a écrit des poèmes. Chaque enfant a dit comment il se sentait… À la fin, une des deux enseignantes qui accompagnait la classe a dit les larmes aux yeux : je n’ai jamais vu mes élèves aussi libres d’être eux-mêmes. Pour moi, son émotion fut un vrai cadeau.

Je suis heureuse que vous ayez raconté cette anecdote, qui est une parmi beaucoup d’autres, je le sais, puisque vous en partagez régulièrement sur les réseaux sociaux. Il y a souvent un avant et un après pour les enfants qui font l’expérience, non ?
Oui je crois que ça leur fait vraiment du bien car quand je reviens, ils m’accueillent chaleureusement. Je pense que pour eux, savoir qu’ils vont vivre un moment où ils ne seront obligés de rien mais pourront juste se contenter d’être, là, tels qu’ils sont, constitue quelque chose de rare. Avec en face d’eux une personne qui leur dit seulement : respire. Sens quel effet ça te fait quand tu respires, ce qui se passe dans ton corps, où est-ce que ça bouge… C’est comme s’ils entraient dans une sorte de sas, de parenthèse, où ils sont libres et à l’abri de tout jugement. Rien que ça, souvent, ça fait jaillir la gratitude. Même si l’enfant n’est pas bien, parce qu’il vit peut-être des choses difficiles, pendant la séance il a le droit de le dire, de pleurer même. À moi ensuite de rebondir sur ces pleurs, de les accompagner avec des mots qui vont correspondre à la situation du moment, et pourquoi pas même d’inventer une petite technique de sophrologie, là, tout de suite, pour cet enfant-là… qui du coup va se sentir autorisé à laisser couler ses larmes. Vous m’avez demandé en début de séance une définition de la sophrologie, et bien je pourrais aussi dire ceci : la sophrologie, c’est l’accueil de ce qui est. En donnant aux enfants des techniques pour les aider en ce sens et sans forcément vouloir que ce soit autrement.


Ça rejoint l’histoire du petit garçon qui avait peur la nuit, dont vous m’avez parlé en préparant le podcast. Est-ce vous pourriez nous la raconter ?
C’est un petit garçon d’une dizaine d’année qui avait des terreurs nocturnes. Chaque nuit, il se réveillait en panique. Ses parents avaient consulté des spécialistes divers et variés, sans succès. Impossible de savoir ce qui était à l’origine de ces peurs, l’enfant ne disait rien. Quand je suis arrivée chez eux pour la séance, il ne m’a rien dit non plus mais il m’a pris la main et m’a emmenée visiter sa chambre. Au bout d’un moment, je lui ai demandé : qu’est-ce qui se passe la nuit quand tu as peur ? Qu’est-ce que tu fais ? Et là il m’a montré comment il se cachait sous la couverture avant de courir vers la chambre de ses parents. Ensuite nous avons débuté la séance proprement dite et j’ai commencé par lui dire qu’au fond, ce n’était pas très grave de savoir pourquoi il avait peur, que ça pouvait arriver de ne pas savoir pourquoi on avait peur, que ce qui était important, c’est qu’il avait peur, et que ces peurs-là sont finalement très communes à plein d’enfants de tous les âges, et même à des plus grands, et même à des adultes. J’ai ajouté que ça ne serait pas toujours comme ça, que c’était une période de sa vie, et qu’il pouvait l’accepter. Là, il m’a souri et j’ai vu son corps se relâcher. Je crois que personne ne lui avait encore dit ça… Tout de suite après, je lui ai proposé de trouver un petit nom à sa peur, un surnom rigolo. Il a réfléchi et m’a dit : je vais l’appeler Monsieur Cacaprout. J’ai éclaté de rire. Et lui aussi. Alors je lui ai conseillé, quand il se réveillerait la prochaine fois, de penser : tiens, voilà Monsieur Cacaprout qui débarque. Et l’idée lui a plu. Ensuite, nous avons fait des exercices de respiration, de détente, puis la maman nous a rejoints et on en a fait avec elle aussi. Et je suis partie. Une semaine plus tard, j’ai reçu un mot des parents : leur fils ne s’était pas réveillé la nuit une seule fois depuis la séance… Je suis persuadée qu’au-delà des techniques que j’ai utilisées dans cette séance, c’est le fait d’avoir aidé l’enfant à accueillir sa peur, sans culpabiliser, qui a fait la différence. Si un petit a peur d’un monstre, inutile de lui dire qu’il n’y a pas de monstre ! En revanche, l’écouter, lui proposer de se mettre à quatre pattes avec lui pour souffler sur le monstre qui est sous le lit et le faire partir, ça peut fonctionner. Et la sophrologie offre cet espace d’accueil, cela fait partie du processus.

Et maintenant, comme à chaque épisode, je voudrais que vous nous proposiez des travaux pratiques à faire à la maison. Des exercices faciles à mettre en œuvre, sans matériel particulier. Que suggérez-vous ?
Ce qui est bien avec la sophrologie, c’est qu’on n’a pas besoin d’accessoires pour pratiquer. Il suffit d’avoir un petit fauteuil, même une chaise. On peut être assis, debout, voire dans un lit selon les cas. Les yeux ouverts ou fermés.

La première technique que je vous propose, je l’appelle l’autokif : les enfants l’aiment beaucoup, et je la trouve particulièrement adaptée entre 8 et 12 ans. On peut la faire assis ou debout. C’est très simple : à l’inspiration on ouvre grand nos bras comme un papillon, vers l’arrière. Et à l’expiration, on souffle en ramenant la main droite sur l’épaule gauche, la main gauche sur l’épaule droite, pour résumer en se faisant un grand câlin.

On soupire. On relâche. Et on recommence, trois fois. Et à l’issue de la troisième fois, au moment du câlin, on demande à l’enfant de s’offrir un compliment. Qu’il se dise par exemple :  tu es très gentil, tu es une super grande sœur, tu chantes bien, tu sais dessiner les chats, tu as bien choisi tes habits ce matin, tu as trouvé la solution du problème de maths aujourd’hui, etc. Et ce qui est cool, c’est qu’on peut faire ça tous les jours, ou deux ou trois fois par semaine, et on propose à l’enfant à chaque fois de se trouver un compliment différent. Comme ça, à la fin de la semaine ou à la fin du mois, il a une petite collection de compliments qui fait ressortir ce qu’il y a de positif en lui. Dans l’autokif, plus le mouvement va être lent, plus l’expiration va être longue, plus on se sent relâché·e, relaxé·e, quand on ramène les bras autour de soi. Il y a comme un double effet : d’abord la relaxation du corps, ensuite l’amour de soi, le plaisir d’être soi. Et si l’on termine le mouvement en se berçant, tout doucement, les bras refermés en câlin, on sent même monter en soi une sorte de chaleur…

La seconde technique dont je veux parler, je l’appelle la boxe féroce. Je la propose notamment quand l’enfant ressent de la colère, de la tristesse ou de la peur, afin de lui apporter de l’apaisement. Pour commencer, toujours lui exprimer que ce qu’il ressent est légitime, qu’il a le droit d’être en colère, triste ou effrayé. Puis, ensemble, on va chercher des petits noms pour l’émotion éprouvée, on va lui attribuer des couleurs, peut-être même une forme, on va identifier où elle se manifeste dans le corps. Enfin on peut commencer l’exercice proprement dit : assis ou debout (dans ce cas, les jambes légèrement fléchies), yeux fermés ou ouverts, on prend une grande inspiration et, pendant qu’on retient l’air dans ses poumons, on propulse le poing gauche vers l’avant pour cogner, cogner, cogner la colère… autant de fois que possible, jusqu’à ce qu’il nous faille reprendre une inspiration. Là, on expire, et on relâche, on examine la trace que le mouvement laisse dans le corps. Puis on fait la même chose avec le poing droit. Et la troisième fois, on le fait avec les deux poings. Bien serrés. Cet enchaînement peut se faire deux à trois fois de suite. Ses effets sont multiples : il procure un certain relâchement et favorise la détente du corps et du mental, en permettant à l’enfant d’exprimer physiquement son émotion.

Merci Marcella pour ces deux idées ! Je vous en propose une version synthétisée dans la rubrique « Travaux pratiques » du blog. Alors, à vous de jouer ! Vous pouvez bien sûr faire l’exercice en même temps que l’enfant à qui vous le proposerez. Et soyez à son écoute, car vous verrez, les enfants ont beaucoup moins d’a priori que nous, les adultes…
C’est tellement vrai ! J’aime à dire que les enfants ont la sophrologie en eux. Ils font de la sophrologie sans le savoir, car ils expriment naturellement leurs émotions à travers leur corps. Lors des séances, ils investissent spontanément l’espace de liberté qui leur est proposé. Car la sophrologie offre cette liberté d’être soi, tout simplement.


Marcella, je vous suis sincèrement reconnaissante d’être venue partager avec nous votre passion et votre expérience avec les enfants. Si les lectrices et lecteurs du blog veulent mieux vous connaître, je les invite à vous suivre sur instagram (où vous proposez chaque semaine de nouveaux exercices) ou facebook, à visiter votre site internet Sophropoweret à se procurer les ouvrages que vous avez publiés, parmi lesquels « Poèmes à murmurer à l’oreille des bébés » et « Pour que la nuit soit douce », illustrés par Marie Poirier, aux éditions Les Venterniers, ou encore « 100 idées pour apprendre à mieux respirer » aux éditions Tom Pousse. ■

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