[Ép#3] Et si on faisait du yoga avec les enfants ?

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GenZen·LePodcast. Bonjour Nathalie et merci de venir à ce micro nous parler yoga et tout particulièrement yoga avec les jeunes enfants. Vous animez notamment des séances en école élémentaire et j’ai hâte que vous nous en parliez. Mais avant cela, en préambule, j’aimerais que vous puissiez clarifier ce que l’on appelle le yoga, au-delà des représentations un peu fantasmées que nous en avons parfois.

Nathalie Buret. Bonjour Corinne, merci beaucoup pour votre invitation.
Concernant le yoga, il y a autant de définitions que de professeurs ! Cependant, j’aime bien dire que la pratique du yoga permet d’apaiser son mental en passant par le corps. Il ne s’agit donc pas uniquement, loin de là, de réaliser des postures pour améliorer sa souplesse, puisqu’à mon sens le yoga permet aussi de mieux se connaître.
En préambule, je pense qu’il est important de présenter les huit membres, ou piliers, du yoga. Le premier, ce sont les Yamas, soit toutes les règles de vie à observer avec les autres (typiquement, ne pas être violent). Le deuxième ce sont les Niyamas, soit toutes les règles de vie à appliquer envers soi (par exemple, la propreté, le fait de nettoyer son corps). Le troisième, ce sont les fameux Asanas que l’on voit beaucoup sur les réseaux sociaux, à savoir les postures. Le quatrième, c’est le Pranayama, soit la pratique des respirations. Le cinquième, c’est le retrait des sens, Pratyahara, et c’est hyper important parce qu’avec les enfants, on va beaucoup les faire se focaliser sur un sens (comme les faire chanter ou les faire écouter le bol tibétain). Enfin, je vais aller beaucoup plus vite sur les trois derniers « membres » : Dharana (la concentration, à développer chez les enfants par exemple en leur faisant colorier des mandalas), et les deux derniers qui concernent moins la pratique « enfants » : Dhyana (la méditation) et Samadhi, le dernier, soit l’état méditatif.

Y a-t-il un yoga spécifique pour les enfants ?
Absolument ! Le yoga « pour enfants », qu’on appelle Sristi Krama, est extrêmement différent du yoga adulte. Je dirais que les seules choses en commun, ce sont la recherche d’assouplissement et la volonté de renforcer son corps. Les enfants ont un fort besoin de s’extérioriser, alors que les adultes viennent plutôt rechercher une forme d’intériorité dans la pratique du yoga. Les plus jeunes, pour leur part, ont besoin de s’exprimer, de s’amuser, d’apprendre par le jeu, de créer… même s’ils apprécient aussi la partie relaxation de la séance où ils peuvent se reposer et décompresser. Dans la formation que j’ai suivie, on m’a appris qu’il existait un yoga par période de vie et que le yoga Sristi Krama se pratiquait de 8 à 25 ans. Je commence à partir de 6 ans, mais je n’aime pas trop descendre en dessous de l’âge du primaire, car avant c’est plus proche à mon sens de l’éveil corporel.

Quelles différences cela donne-t-il entre un cours adulte et un cours enfant ?
Elles sont très nombreuses et découlent du fait que les besoins ne sont pas les mêmes. Le cours pour enfant est à la fois rythmé et ludique. Autre différence : on ne fait pas « respirer » les enfants comme les adultes, on choisit plutôt des enchaînements de postures à travers lesquels l’enfant va inspirer et expirer, en laissant sa respiration se placer naturellement. On les fait aussi beaucoup chanter ensemble : ça peut être le son OM, le son A, ou tout simplement des voyelles, ou encore le nom des postures en sanskrit. Par exemple, la première posture de yoga, debout les bras le long du corps, s’appelle Samasthiti : je vous assure qu’un nom pareil, c’est fou rire garanti avec des petits ! Quand je parlais de rythme tout à l’heure, je voulais dire qu’un cours de yoga pour enfant comporte six à huit phases, avec notamment un rituel de début et de fin, mais aussi des enchaînements, des contes et des échanges. 

Selon vous, qu’est-ce que le yoga apporte aux enfants ?   
Ce qui me frappe, c’est leur bonheur de découvrir l’état de relaxation lui-même et le fait d’être autorisé à ne rien faire pendant un temps, là, allongé·e sur un tapis. Je le vois sur leurs visages, ils sont à la fois surpris et très détendus, comme apaisés. Ce qui revient aussi souvent, c’est le plaisir de pratiquer à plusieurs, de s’amuser, de se faire des ami·es et de créer des liens : le groupe engage vraiment tous les enfants.
Après, sur un plan strictement physique, je constate entre le début et la fin d’une année scolaire que les jeunes pratiquants se tiennent plus droits, les épaules davantage en arrière et avec une plus grande ouverture de leur cage thoracique, ce que nous pratiquons beaucoup à travers les postures.

Vous me disiez, en préparant cet épisode, que vous leur laissiez pas mal de liberté pendant le cours…
Oui, je veux qu’ils se sentent autorisés à faire ou ne pas faire ce que je propose. Bien sûr, je les pousse gentiment à faire les postures et les enchaînements, mais parfois quand ils sont vraiment fatigués, ils ne veulent pas faire cette partie du cours, préférant attendre le moment où on fait sonner le bol tibétain, par exemple, ou celui où on lit un conte. Alors, pas de drame : s’ils veulent juste regarder, ils regardent.

Justement, vous évoquez les contes. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je travaille par période sur des thèmes qui viennent guider mes cours : en ce moment, par exemple, ce sont les émotions. Souvent, mais pas obligatoirement, je choisis une posture (la chandelle, le guerrier, l’arc…) et un conte en lien avec la thématique. Ensuite nous avons une petite discussion sur le conte pour voir ce qu’ils ont retenu. Je les laisse aussi parler entre eux. Il arrive aussi que ce soit eux qui lisent le conte, ou bien qui racontent à leurs camarades, avec leurs propres mots, le conte de la fois précédente. Ainsi, la séance permet aussi de faire passer des valeurs pour les aider à bien grandir : ça peut être la liberté, le courage, la sagesse, le fait d’exprimer ses émotions, la vérité, l’honnêteté…


Pour pratiquer à la maison, quel matériel faut-il ?
Il y a seulement besoin d’un tapis chacun, histoire de délimiter son espace. Si on est plusieurs, je conseille de les disposer en cercle et de demander à chacun déposer au centre un objet qui a du sens pour lui : un petit caillou par exemple, mais c’est vraiment au libre choix des participants.

Avez-vous des ouvrages à nous conseiller pour pratiquer à la maison ? Même si ça ne remplace pas un professeur, j’en ai bien conscience, mais au moins pour s’initier ?
Je vais citer les ouvrages qui m’accompagnent dans ma pratique, mais il en existe beaucoup d’autres qui sont sûrement aussi de qualité, et j’en découvre chaque année de nouveaux ! Ma liste n’est donc pas exhaustive.
Yogito, un yoga pour l’enfant de Martine Giammarinaro et Dominique Lamure (Editions de l’Homme). Ce livre contient toutes les postures principales et propose de petits enchaînements, ainsi que des guides pour la relaxation.
► J’utilise beaucoup les Philo-fables de Michel Piquemal (Album Michel Jeunesse). Ce sont des histoires assez courtes, avec une table des matières par valeurs, ce qui est très pratique. Pour moi, ce sont vraiment des livres de référence.
Fabriquez vos séances de yoga maison de Clémentine Erpicum (éditions La Plage). C’est un jeu de cartes, avec de très belles illustrations. Il m’arrive même de demander aux enfants de créer des enchaînements de postures sur la base des cartes, et ils adorent « jouer au professeur » !
Namasté petit chat botté de Christel Cornu et Véronique Deiller (éditions Solar), un très joli livre qui me sert beaucoup pour travailler autour des émotions.

Quels sont les postures simples à proposer aux enfants pour démarrer ?  
► La posture de l’enfant est un classique : on s’assoit sur les genoux, puis on se penche en avant pour poser le front au sol, sur ses mains (ou les bras le long du corps). C’est une posture qui apporte une grande détente.
► La chandelle : c’est difficile pour de nombreux adultes, mais les enfants adorent ça !
► L’arbre : debout, les bras le long du corps, on déplace le poids de son corps sur une jambe puis on place un des pieds sur la cuisse (ou le mollet) opposé. Une posture excellente pour l’équilibre qu’il est possible de pratiquer à plusieurs, en essayant de maintenir l’équilibre le plus longtemps possible.
► Shavasana enfin, soit la posture de détente qui vient clôturer la séance, allongé·e tout simplement sur le dos ou sur le ventre.
►Il y a aussi un exercice de relaxation très apprécié qui peut se pratiquer entre parents et enfants. L’un des deux s’allonge sur le tapis et l’autre va venir presser (comme s’il essorait une éponge) successivement les membres de l’autre en commençant par les pieds, puis les tibias, les cuisses, le bassin, les épaules, le bras et l’avant-bras, le poignet, la main (on évite bien sûr les zones sensibles, les genoux et le ventre notamment). Ensuite même chose de l’autre côté du corps. C’est hyper relaxant et cela permet de loger la concentration de la personne sur les différentes parties de son corps, petit à petit, tout en favorisant un ancrage au sol. Puis, celui ou celle qui était allongé·e se relève et c’est à lui/elle de procéder sur son/sa partenaire.

Avant de se quitter, est-ce que vous auriez un mot de la fin pour des parents ou des grands-parents qui ont envie de se lancer ?
J’ai envie de leur dire : prenez l’enfant là où il en est au moment où vous commencez l’activité. C’est-à-dire que si l’enfant est hyper excité, inutile de lui dire « viens t’asseoir en tailleur et respire avec moi », ça, c’est pour les adultes, ce n’est pas du tout adapté aux enfants.  Si son énergie déborde, faites-lui plutôt faire des enchaînements ou tout simplement faire des jeux, quelque chose qui le défoule, en fait. Et au contraire, s’il est fatigué, allongez-vous avec lui et optez pour un exercice de relaxation.

Merci beaucoup, Nathalie Buret. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur vous, je les invite à consulter votre
site internet et votre compte Instagram @natnatyoga. Merci à toutes et tous de nous avoir suivies. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode.

Crédit photos : Freepik

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