Avec Stéphanie Gobert, artiste plasticienne et conceptrice d’ateliers créatifs pour enfants, découvrons comment ouvrir le champ des possibles dès le plus jeune âge grâce aux arts plastiques.
Corinne Martin-Rozès. Bonjour Stéphanie et merci d’avoir accepté mon invitation. Vous êtes artiste plasticienne et conceptrice d’ateliers pour les enfants. Vous décrivez votre atelier comme un lieu de partage et de bienveillance qui invite à l’accueil et à l’exploration de la sensibilité de chacun. C’est un peu la mission que vous vous êtes fixée ?
Stéphanie Gobert. Oui, j’ai eu envie, après une première vie professionnelle, d’aider les enfants à rayonner de leur singularité grâce à la création artistique. J’aime à croire que mon atelier leur permet de rentrer dans un temps un peu différent, de ralentir. J’ai à coeur d’être la personne qui leur laisse le temps d’exprimer ce qu’ils ont à l’intérieur et de valider les émotions qu’ils peuvent ressentir, tout en les aidant à trouver leur propre chemin créatif.

Spontanément, on a tendance à penser que les activités créatives permettent aux enfants d’acquérir de la dextérité, de développer leur concentration, leur motricité fine, mais en fait ça va bien au-delà. Ce que je trouve intéressant, c’est que l’art est aussi une école de patience. Et puis ça les confronte aussi à l’échec, tout en leur permettant de chercher des solutions par eux-mêmes. De votre côté, qu’est-ce que vous observez lors de vos ateliers ?
Heureusement, les enfants sont beaucoup plus spontanés que les adultes, ils ont moins la peur de ne pas savoir faire. Je leur rappelle également que chaque artiste a débuté et ne savait pas dessiner, tout comme eux, au départ. Je leur dis enfin que dessiner, c’est surtout savoir bien observer et donc prendre le temps. Je m’attache à leur faire découvrir toutes sortes de techniques, aussi bien le dessin que la peinture, la sculpture en fil de fer, le modelage en argile, la gravure, etc… afin qu’ils puissent identifier ce qu’ils préfèrent tout en acquérant une certaine polyvalence.
« Les enfants n’ont pas conscience des capacités infinies qu’ils ont à l’intérieur d’eux-mêmes. »
Est-ce que vous diriez que les activités artistiques permettent aux enfants de développer la confiance en eux, puisqu’elles leur permettent de créer quelque chose d’unique et de totalement personnel ?
Je pense que les enfants n’ont pas conscience des capacités infinies qu’ils ont à l’intérieur d’eux-mêmes. Ils sont souvent éblouis du résultat au bout d’une heure d’atelier, qu’il s’agisse de dessiner un autoportrait ou de modeler un animal. C’est une chose à laquelle ils ne s’attendent pas forcément, et ça les surprend eux-mêmes. Cependant, parfois certains manifestent leur appréhension juste avant de démarrer : je leur rappelle alors que je suis là pour les guider, qu’on va y aller pas à pas, et en général ça se passe très bien, d’autant que je m’efforce de créer une ambiance solidaire entre eux. Ainsi, quand un enfant a du mal à faire quelque chose, je lui explique plus en détail en prenant vraiment le temps, à côté de lui. Parfois, je guide sa main en mettant ma main sur la sienne. Et si un autre se manifeste ensuite pour demander du soutien, c’est son camarade (le premier que j’ai aidé et qui souvent était le plus en difficulté) qui vient à sa rescousse. Je trouve que c’est d’autant plus efficace que souvent les enfants se comprennent mieux entre eux. En outre, c’est très valorisant pour celui qui peinait au départ. Et cela permet d’intégrer aussi des enfants qui parfois rencontrent des difficultés à se connecter avec les autres.

Le fait de libérer leur créativité est donc salvateur pour les enfants. Ça leur ouvre un champ des possibles dont ils n’avaient aucune idée…
Chacun a en effet en lui un imaginaire dont il n’a pas conscience, une sorte de petite musique intérieure qui est notre personnalité, notre identité. Et le fait de pouvoir le traduire en images ou en volume permet de prendre conscience de ce qui nous caractérise, des techniques qu’on aime utiliser, des couleurs qu’on préfère… Cela permet aussi de libérer les émotions qu’on avait à l’intérieur de soi, en utilisant un autre vecteur que la parole.
« On a chacun en nous un imaginaire dont on n’a pas forcément conscience, une sorte de petite musique intérieure qui est notre personnalité, notre identité. »
Concrètement, en quoi a consisté le dernier atelier que vous avez organisé ?
Il s’agissait d’un atelier de modelage en argile pour fabriquer des lions, car nous étions dans une thématique sur le Douanier Rousseau. Je profite toujours de l’occasion pour donner aux enfants des notions d’histoire de l’art, je leur parle des artistes et j’installe un coin lecture sur des petits matelas et des coussins, sur lesquels ils peuvent feuilleter des livres. On discute aussi du fonctionnement d’un musée, de la préparation d’une exposition, etc.
Vous organisez des sessions parents-enfants. Quels bénéfices en retire la famille qui participe à ces ateliers ?
Il y a plusieurs cas de figure. D’une part les ateliers parent-enfant qui permettent de faire une activité en duo, avec pour objectif de renforcer le lien entre un parent ou grand-parent avec un enfant. Ces sessions donnent l’occasion aux adultes de découvrir l’enfant sous un autre jour. J’aime aussi à inverser les rôles en demandant à l’enfant de guider le parent dans la création qu’il a envie de réaliser. L’adulte devient alors l’observateur et l’apprenant. Ce jeu de rôles est souvent très éclairant, mettant en lumière le mode de fonctionnement de chacun. Accorder des temps individuels comme celui-ci à chacun de ses enfants apaise beaucoup les chamailleries au sein d’une fratrie.

Je propose aussi des ateliers en famille qui permettent de venir avec plusieurs enfants ou deux parents, ou encore avec des cousins, etc. Là, on s’amuse à créer, parfois ensemble, parfois les uns à côté des autres.
Lors de ces moments de création en duo ou en famille, les parents sont souvent très émus de réaliser ce que leurs enfants sont capables de faire, mais aussi satisfaits de constater les bienfaits de l’activité en termes de canalisation d’énergie et de concentration. Souvent, au fil de l’année, des parents me racontent avoir vu le comportement de leur enfant se modifier, certains se mettant d’eux-mêmes, spontanément, à dessiner et à créer des choses, avec un calme et une concentration inédits.
Que vous disent les enfants à l’issue des ateliers ?
Les moments les plus touchants, je pense que c’est quand j’interviens dans les écoles. J’ai souvent des enfants qui viennent me faire des grands câlins à la fin du temps d’atelier. J’ai parfois failli tomber à la renverse tant ils sont enthousiastes dans leur manière de me dire merci ! Je pense que ça tient au fait qu’ils se sentent autorisés à s’exprimer à travers le vecteur que je leur propose, et que ça libère des choses en eux. Ça les bouleverse et c’est bouleversant pour moi auss
« Lors de ces moments de création en duo ou en famille, les parents sont souvent très émus de réaliser ce que leurs enfants sont capables de faire. »
Est-ce que vous auriez, Stéphanie, des conseils à nous donner pour organiser un atelier à la maison ?
Ma première suggestion, ce serait de créer une routine. Par exemple, chaque samedi matin, pas forcément exactement à la même heure, s’installer ensemble dans la cuisine, puisque généralement c’est un endroit plus facile à nettoyer. Mettre un tablier ou un tee-shirt qui ne craint rien. Et puis se concentrer sur une activité, sans forcément que ça dure très longtemps, cela dépendra de l’envie de l’enfant : ça peut être 20 mn comme une heure, il n’y a pas de règle. Veiller à rester dans l’expérience avant tout, sans vouloir forcément « faire du beau », sans mettre la pression. Partir par exemple sur des techniques simples, avec la trousse de crayons de couleur ou la boite de peinture. Ensuite, installer de grandes feuilles afin que l’enfant ait de l’espace pour déployer sa gestuelle. Vous pouvez aussi disposer les feuilles au sol (avec du papier journal dessous pour préserver le carrelage !), et peindre par exemple avec un pinceau fixé sur un bâton. Et pourquoi par s’amuser à faire des empreintes avec des petites choses du quotidien en les trempant dans la peinture, à l’image des légos. Si le temps le permet, une promenade dans la nature peut aussi fournir l’occasion d’utiliser les végétaux pour créer des compositions. On peut aussi prendre des empreintes sur une feuille à l’aide d’un crayon, en frottant l’écorce d’un arbre. Toutes les matières qui sont en relief et que l’on trouve dans la nature ou dans la ville peuvent être utilisées ainsi. Quand votre enfant n’a pas envie de dessiner et qu’il est bloqué parce qu’il pense qu’il ne saura pas faire, aidez-le à commencer en empruntant un chemin ludique comme celui-là.

En instaurant cette régularité, vous verrez peut-être vos enfants, au bout d’un moment, venir tout seuls le samedi matin à la table de la cuisine et mettre en place un atelier sans même que vous soyez là ou que vous ayez besoin de les guider. Enfin, pour les encourager, n’hésitez pas à afficher leurs œuvres, que ce soit dans le couloir, dans leur chambre ou dans la cuisine, afin que toute la famille puisse continuer à les regarder, à échanger, à les comparer non pas entre les enfants mais pour constater ensemble le chemin parcouru.
« Veillez à rester dans l’expérience avant tout, sans vouloir forcément faire quelque chose de beau, sans mettre la pression aux enfants. »
Et est-ce que vous conseillez de proposer un thème ou de les laisser complètement libre ?
Je conseille de poser tout simplement la question à l’enfant, parce que suivant les jours, ça varie. Parfois, ça lui fait du bien d’avoir un thème parce qu’il ne sait pas trop dans quel sens partir. Et à d’autres moments, les enfants sont friands de ce qu’on appelle les dessins libres, car ça leur permet d’exprimer leur imaginaire, leurs émotions.
Auriez-vous des ouvrages à conseiller pour guider les parents ?
Pas des ouvrages, mais plutôt des boîtes de création, en particulier celles de la marque Djeco, qui sont très bien faites parce qu’elles contiennent de petits livrets qui permettent aux parents de savoir comment guider l’enfant. Si l’enfant est un peu plus grand, en général, le livret est fait de telle sorte qu’il peut l’utiliser lui-même.
Stéphanie, est-ce que vous auriez un mot de la fin, une recommandation ultime pour des parents ou des grands-parents qui ont envie de se lancer mais qui sont un peu intimidés ?
Je leur suggérerais d’amener les enfants visiter des musées, car ces derniers déploient de plus en plus de « visites ateliers » dédiées aux familles. Parfois, comme au musée de l’Orangerie où j’ai travaillé, il existe même une salle pédagogique en libre accès pour expérimenter toutes sortes de choses en autonomie, en plus des ateliers proposés sur réservation. En outre, la plupart des grandes expositions proposent désormais un parcours à hauteur d’enfant, très ludique, avec des petits cartels qui lui permettent de se plonger plus précisément dans une œuvre majeure avec des explications qui sont à sa portée.
Merci beaucoup Stéphanie pour cet échange ! Si l’on veut suivre vos actualités, je conseille de s’abonner à votre compte Instagram @ateliergrisouris ou de consulter votre site internet www.ateliergrisouris.com.
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